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Le chien de protection de troupeaux (1/4)

Déborah Temple, Gabriel Lampreave, Mathieu Mauriès, Marta Amat, Xavier Manteca

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Document technique réalisé dans le cadre du projet « Le chien de protection de troupeau : le meilleur ami des élevages de montagne »

Projet financé par l’opération 01.02.01 de Transfert de Technologie du Programme de Développement Rural de Catalogne 2014-2020

Pour protéger les troupeaux des attaques de grands carnivores sauvages, de chiens dits « sauvages » ou même de chiens qui s’échappent de chez eux durant la nuit, on considère que la méthode la plus efficace est l’utilisation de chiens de protection de troupeaux.

Dans les faits, 96% des éleveurs ayant des chiens de protection sont satisfaits ou très satisfaits du travail effectué par leurs chiens. En Espagne, après introduction de chiens de protection, le nombre d’attaques contre les troupeaux a diminué de 61% chaque année (2,4 attaques / élevage / an avant les chiens, 0,9 attaque / élevage / an après les chiens) et le nombre total d’animaux morts a diminué de 65% (15,1 / élevage/ an avant les chiens, 5,3 / élevage / an après les chiens) (LIFE – COEX 2008 – Rapport d’action D2).

Même si les chiens de protection de troupeaux sont surtout utilisés pour protéger les moutons, les chèvres et les volailles, ils peuvent très bien travailler avec n’importe quel type de bétail, y compris, par exemple, les porcs, les vaches ou les chevaux.

Ces chiens coexistent avec leur troupeau, le protégeant de tout ce qu’ils considèrent être une menace.

La grande majorité des attaques contre le bétail en Catalogne sont dues à des attaques de chiens

Les chiens de protection de troupeaux: un bon investissement

En Catalogne, en 2017, les attaques de chiens ont représenté 90% des dommages au bétail. La plupart de ces chiens sont des chiens qui ont un propriétaire mais qui s’enfuient durant la nuit. Souvent, le propriétaire du chien n’est pas au courant des évasions de son chien.

Le chien de protection de troupeaux est et une source de tranquillité  pour le troupeau et pour l’éleveur.

Un chien de protection représente un coût substantiel. L’acquisition d’un chien de protection d’une lignée de travail, avec des parents reconnus et un éleveur qui assure une bonne socialisation et une bonne santé aux chiots, peut coûter environ 1000 euros. À ce coût initial, il faut ajouter les dépenses liées à l’alimentation et aux traitements vétérinaires de routine, qui représentent un total d’environ 600 euros par an et par chien. Comme nous le verrons plus loin, nous recommandons fortement d’avoir au moins deux chiens de protection. Par conséquent, ce coût doit être multiplié en fonction du nombre de chiens.

Dans la grande majorité des cas, les chiens de protection de troupeaux sont un bon investissement. Aux revenus directs des animaux de rente sauvés de la prédation s’ajoutent de nombreux autres avantages souvent oubliés :

  • Les attaques de prédateurs, sauvages ou chiens, provoquent une très forte réaction de peur chez les animaux de rente. Cette réaction de panique peut avoir des conséquences désastreuses sur leur bien-être et sur leur reproduction. En effet, les attaques contre un troupeau activent la réponse au stress qui elle-même inhibe la reproduction. Cela se traduit par une faible fertilité, moins de prolificité et plus d’avortements. La présence de chiens de protection permet au troupeau de se sentir protégé et de pouvoir exprimer un comportement normal. Cela se traduit par une réduction des pertes liées à une mauvaise reproduction. Il a été également constaté que les brebis accompagnées de chiens de protection se déplacent plus et font un meilleur usage des pâtures, et que les veaux qui ne se sentent pas protégés grandissent moins bien.
  • Les chiens de protection sont beaucoup plus vigilants lors des mises-bas et peuvent même prendre soin des agneaux.
  • Les chiens de protection contribuent à l’amélioration de l’hygiène du troupeau en léchant les brebis et leurs agneaux après l’agnelage et en éliminant les morts-nés et les carcasses. En fait, nous conseillons que le chien de protection mange les placentas, cadavres et autres restes. Cela ne l’incitera en aucun cas à s’attaquer ensuite à des animaux vivants.
  • En repoussant les herbivores sauvages, les chiens de protection font qu’il y a moins de contact entre les animaux sauvages et les herbivores domestiques.

Les attaques d’animaux sauvages ou de chiens provoquent non seulement la mort de moutons, de chèvres, de vaches ou de chevaux, mais provoquent également des pertes liées à la réponse au stress aiguë et chronique subie par les animaux de rente. Cela peut se traduire par une réduction de la fertilité et de la prolificité ainsi que par un taux d’avortements élevé et une réduction de la croissance des petits.

« Un bon chien de protection n’a pas de prix et une fois que l’éleveur a eu une bonne expérience, il n’envisage plus de ne pas avoir de chien »

Le chien de protection: importance de la génétique

Les chiens de protection de troupeaux ne doivent pas être confondus avec les chiens de conduite des bergers. Tous les deux sont des chiens de travail, mais le travail qu’ils font est totalement différent. Les chiens de conduite travaillent en regroupant le bétail et en le déplaçant d’un endroit à un autre, souvent en suivant des ordres bien définis et appris. Les chiens de protection ne répondent pas aux ordres, mais protègent naturellement le troupeau.

Le chien de conduite:

  • Aspect similaire à un prédateur
  • Mouvements rapides et basés sur la poursuite du troupeau
  • Sa mission est de déplacer le troupeau
  • Intelligent, très obéissant et répond aux ordres

Le chien de protection de troupeaux:

  • Aspect qui inspire confiance au troupeau
  • Très calme, s’intègre au troupeau
  • Sa mission est de vivre avec le troupeau et de le protéger
  • Intelligent, aime prendre ses propres décisions, indépendant

Physiquement, les chiens de conduite ressemblent à des prédateurs. Par exemple, ils ont des oreilles pointant vers le haut et leur comportement simule le comportement de chasse d’un prédateur : un regard vif vers le troupeau, des mouvements rapides et la persécution. L’apparence et le comportement des chiens de conduite font que le troupeau préfère s’éloigner de lui, ce qui permet aux chiens de berger et à l’éleveur de conduire le troupeau. Les chiens de conduite ont également été élevés et sélectionnés pour être très obéissants et suivre un nombre considérable de commandes.

Les chiens de protection de troupeaux ont été sélectionnés pour être totalement inoffensifs pour les animaux d’élevage. En raison de leur apparence, le troupeau ne les identifie pas comme des prédateurs potentiels. Le chien de protection a des oreilles tombantes, un regard doux et des mouvements lents et tranquilles qui apaisent le troupeau. Ce sont des chiens très calmes lorsqu’ils sont avec leur troupeau. Ils n’ont pas l’instinct de prédation. Ces caractéristiques facilitent leur intégration au sein du troupeau et la coexistence. Les chiens de protection sont tout aussi intelligents que les chiens de conduite, mais ils prennent souvent leurs propres décisions et ne suivent pas beaucoup les ordres. Ils sont très indépendants et protègent le troupeau de manière innée.

Ne surtout pas travailler avec des chiens de protection croisés avec des chiens de conduite !!!

Le résultat d’un croisement entre un chien de protection et un chien de conduite peut être chien au comportement totalement imprévisible. Le chiot peut avoir, par exemple, l’apparence du chien de protection et le comportement du chien de conduite, c’est-à-dire un comportement orienté vers la prédation sans instinct protecteur. Le résultat peut être catastrophique et dans les moments les moins attendus. Ces chiens peuvent également être dangereux pour les humains car mordeurs.

Mieux vaut que le chien de protection provienne d’une lignée de travail

Le potentiel génétique du chien de protection est essentiel pour qu’il soit un bon chien de protection. Le fait que le chien provienne d’une lignée de travail correctement sélectionnée facilitera, entre autres, le lien du chien avec son troupeau et son instinct de protection.

Le nombre de chiens de protection déterminera l’efficacité de la protection du troupeau.

Le nombre de chiens de protection doit être approprié pour pouvoir défendre le troupeau correctement et cela dépend de différents facteurs:

  • La taille du troupeau à protéger
  • Le type de bétail à protéger
  • Le risque de prédation (par exemple, type de prédateurs, pression de prédation et nombre d’attaques)
  • Les caractéristiques de la zone de pâturage et conduite d’élevage. Par exemple, les zones boisées ou fortement pentues rendent le travail du chien de protection plus difficile. De même, dans les régions arides et sèches ou le troupeau doit avoir accès à des pâturages immenses, il est recommandé d’avoir plusieurs chiens de protection. Les autres mesures de protection mises en place : clôture électrique, présence du berger.

En présence de prédateurs, il est recommandé de travailler avec au moins 2 chiens de protection. Le nombre de chiens requis dépend de la taille du troupeau, du type de bétail à protéger, des pratiques d’élevage et des caractéristiques de l’environnement dans lequel les chiens travaillent.

Si le nombre de chiens de protection est insuffisant, ils ne pourront pas protéger le troupeau et pourront même être tués par les grands prédateurs.

Nous recommandons fortement d’avoir au moins 2 chiens de protection pour améliorer le travail en équipe et la répartition des tâches. Face à un prédateur, un seul chien de protection fera face à l’inévitable dilemme : aller vers le prédateur pour le faire fuir en laissant le troupeau sans protection ou rester avec son troupeau en attendant que le prédateur s’approche. Deux chiens formeront une équipe : l’un guettera sur les hauteurs si un prédateur s’approche, l’autre gardera le troupeau.

Les chiens de protection travaillent en meute, un groupe qui doit être calme et où les relations entre les chiens doivent être bien établies. Les plus jeunes de la meute apprennent des parents et des plus âgés.

Ne pas oublier qu’un chien de protection n’est pas totalement opérationnel avant l’âge de deux ans s’il a été éduqué par des chiens adultes ou trois ans sans la présence de chiens adultes compétents. Cette période correspondant au temps d’acquisition de connaissances du chien. Il devra ensuite acquérir de l’expérience dans son milieu de travail.

La clôture électrique : une aide précieuse pour les chiens de protection

Les chiens de protection sont beaucoup plus efficaces si le troupeau est protégé par des clôtures électriques, surtout la nuit. Pour être efficace, la clôture électrique doit être d’une hauteur adéquate, bien ancrée au sol et bien tendue. Ne pas oublier que lorsqu’il y a une clôture électrique, le chien de protection doit travailler depuis l’extérieur de la clôture électrique. Si le chien est à l’intérieur de la clôture électrique avec les brebis, le chien ne pourra pas faire correctement son travail de protection à l’approche d’un prédateur. De plus, en réaction à la nervosité du chien qui ne pourra pas faire son travail correctement, les brebis vont paniquer et essaieront de s’échapper. Dans les cas extrêmes, les brebis peuvent même emporter la clôture électrique dans leur mouvement, s’échapper et se blesser gravement. Cette réaction de peur très intense peut provoquer des avortements.

En cas de travailler avec une meute de chiens opératives, il est bon d’avoir des chiens à la fois à l’extérieur du parc et à l’intérieur. La présence des chiens à l’intérieur du parc rassure les brebis pendant que les chiens à l’extérieur repoussent les prédateurs. En cas de forte prédation il est possible de réaliser un double parc pour protéger et le troupeau et les chiens.

Projet financé par l’opération 01.02.01 de Transfert de Technologie du Programme de Développement Rural de Catalogne 2014-2020

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